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Le Festival Gnaoua 2026 : Essaouira, ou l’appel du monde

Il y a des villes qui accueillent. Et puis il y a Essaouira qui enchante.

À Essaouira, lorsque les premiers vents de juin viennent lisser l’Atlantique, quelque chose se met en mouvement. Une rumeur d’abord, presque imperceptible. Puis un battement, lent, profond. Comme si la ville elle-même reprenait son souffle pour mieux le donner au monde.

Du 25 au 27 juin 2026, le Festival Gnaoua et Musiques du Monde revient transformer la cité des alizés en un espace de traversées, de rencontres et de réinventions. Plus qu’un festival, une expérience. Plus qu’une programmation, une mise en mouvement collective.

Le fil des ports, la mémoire des circulations

Cette 27e édition s’inscrit sous un fil conducteur singulier : celui des villes portuaires. Du Liban au Brésil, du Cameroun aux États-Unis, de l’Inde à la Palestine, les artistes invités portent en eux les traces de ces territoires ouverts, façonnés par les circulations maritimes, les échanges et les métissages. Essaouira, ville-port par essence, construite pour l’ouverture, ne pouvait rêver meilleur miroir.

Une ouverture entre ferveur et création

Le festival s’ouvrira, comme le veut la tradition, par la parade des Maâlems Gnaoui, moment fondateur où la ville entre en vibration. Une traversée à la fois populaire et spirituelle, prolongée sur la scène Moulay Hassan par un concert d’ouverture porté par Mehdi Nassouli, accompagné de la troupe rwandaise i Buhoro, de Sara Moullablad, de la chanteuse indienne Ganavya et du musicien Sylvain Barou. Une création à plusieurs voix, à l’image du festival lui-même : à la fois enracinée dans ses rythmes et ouverte à toutes les traversées.

La création comme langage commun

Au cœur de Gnaoua, il y a une tension féconde : celle entre fidélité et transformation. Fidèle à son ADN, l’édition 2026 fait de la création son moteur. Les rencontres musicales s’y inventent en direct : Maâlem Mohamed Montari dialoguera avec des artistes éthiopiens, Mehdi Qamoum croisera les voix du gospel américain, tandis que des figures majeures comme Richard Bona ou Carlinhos Brown viendront prolonger ce dialogue entre héritage africain et expressions contemporaines.

Hommage et transmission

Mais le festival est aussi une mémoire vivante. Cette année, un hommage particulier sera rendu au grand Maâlem Mustapha Baqbou, disparu en 2025, figure majeure de la tradition gnaoui. À travers une performance collective réunissant plusieurs maâlems, c’est toute une filiation musicale qui se transmettra, entre respect des racines et réinterprétation.

Une ville transformée

Au-delà des scènes, Essaouira devient, le temps de trois jours, un territoire élargi. Jusque dans ses espaces de réflexion, où se discutent les jeunesses du monde et leurs devenirs, le festival dépasse la scène pour interroger son époque. Plus de 400 artistes, dont 42 Maâlems, investiront les différents espaces de la ville, entre grands concerts et formats plus intimistes. Les ruelles se densifient, les terrasses débordent, les regards se croisent sans se connaître et pourtant se reconnaissent. La ville ne se contente pas d’accueillir le festival, elle le devient et rediffuse sa vibe.

Depuis près de trois décennies, le Festival Gnaoua impose Essaouira comme l’une des capitales des musiques vivantes. Le festival Gnaoua, ce n’est jamais seulement de la musique, mais une stratification vivante où se superposent mémoire, spiritualité, tourisme, politique culturelle et mise en scène du Maroc lui-même. Et c’est peut-être là que réside sa véritable singularité.

Younes Foudil

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