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Sidi Slimane : des thermes romains émergent d’un site oublié

À quelques kilomètres au nord de Sidi Slimane, sur le site archéologique de Rirha, la mise au jour récente de thermes romains vient raviver l’intérêt pour une région longtemps restée en marge des grandes cartes de l’Antiquité marocaine.

Ce qui avait d’abord été interprété comme un simple canal hydraulique s’est révélé être un complexe thermal, témoignant d’une occupation structurée et d’un niveau de sophistication bien plus avancé qu’imaginé.

Rirha, une ville dans l’ombre de Volubilis

Situé dans la plaine du Gharb, à proximité de l’oued Beht, le site de Rirha est connu depuis longtemps des archéologues, mais il reste largement méconnu du grand public. Occupé sur une longue durée, du Ve siècle avant notre ère jusqu’à l’époque médiévale, il constitue un rare exemple de continuité historique dans la région. À l’époque romaine, le site présente les caractéristiques d’une véritable agglomération : domus, voiries, systèmes d’égouts… et désormais, thermes.

Dans le monde romain, les thermes ne sont jamais anodins. Ils ne sont pas seulement des lieux de bain, mais des espaces sociaux, culturels et politiques. Leur présence implique une organisation urbaine structurée, des infrastructures hydrauliques maîtrisées et une certaine densité de population. Les vestiges identifiés à Rirha confirment donc que le site n’était pas un simple point de passage, mais bien un espace de vie organisé, inscrit dans les réseaux du Maroc antique.

Vers une redéfinition du Maroc antique ?

C’est toute la lecture du territoire qui pourrait être amenée à évoluer. Au-delà de la découverte elle-même, c’est son interprétation qui intrigue. Les recherches menées sur le site suggèrent que Rirha pourrait avoir joué un rôle plus central qu’on ne le pensait, certains archéologues évoquant même l’hypothèse d’une ancienne capitale du royaume maurétanien. Si cette hypothèse reste à confirmer, elle participe d’un mouvement plus large : celui d’une relecture progressive du Maroc antique, moins centrée sur quelques grands sites emblématiques comme Volubilis, et plus attentive aux réseaux secondaires et aux dynamiques territoriales.

Les premières fouilles modernes sur le site remontent aux années 1950, mais c’est depuis le début des années 2000 que les recherches se sont intensifiées dans le cadre d’une mission maroco-française, révélant progressivement l’ampleur et la complexité du site. Mais comme souvent en archéologie, chaque découverte ouvre autant de questions qu’elle n’apporte de réponses.

Quelle était la fonction exacte de ces thermes ? À quelle période précise ont-ils été utilisés ? Quelle place occupait réellement Rirha dans les réseaux antiques ?

Ce que révèle cette découverte

Les thermes de Sidi Slimane ne sont peut-être qu’un fragment. Mais ils disent quelque chose de plus profond. Ils rappellent que l’histoire du Maroc ne se limite pas à ses sites emblématiques. Elle est diffuse, stratifiée, parfois invisible. Elle se cache dans des lieux périphériques, des espaces oubliés, des territoires en marge. Et à mesure que ces fragments émergent, c’est une autre carte qui se dessine. Une carte plus dense. Plus nuancée. Et encore largement incomplète. Et peut-être, à terme, une autre manière de raconter le Maroc antique.

Apocryphal Media

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